Notice méthodologique

Inspirées par la philosophie de l’ouverture à l’expérience et au dialogue de Ferdinand Gonseth et Gaston Bachelard, la quête d’une citoyenneté capable de conjuguer diversité et unité d’Amin Maalouf et Samir Frangié et la philosophie de la Relation d’Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, les Rencontres Orient Occident du Château Mercier (ROO-Mercier) ont cheminé jusqu’à présent à tâtons, plus intuitivement que scientifiquement, grâce aux intervenants invités à développer les axes ci-dessous énumérés, convergeant vers la recherche des outils et démarches permettant d’apprivoiser et d’exploiter la diversité des êtres humains.

Des axes présentés séparément par souci de clarté, mais étroitement imbriqués les uns aux autres; des leviers à actionner en fait conjointement, invitant le public à une attitude d’ouverture dans tous ces domaines par :

  • le choix des approches exploratoires présentées
  • la diversité des artistes et des penseurs invités, en provenance du bassin méditerranéen, (essentiellement de l’Europe francophone, du Machrek et du Mahgreb)
  • l’organisation de débats entre les interlocuteurs « orientaux » et « occidentaux » de ce bassin ; l’objectif visé consistant moins à comparer scientifiquement leurs approches, qu’à rétablir un minimum d’équilibre entre les visions occidentales et orientales ; un objectif en fait non pas scientifique, mais éthique et politique, visant à dénouer les nœuds de l’histoire et œuvrer à l’avènement d’un ordre ouvert et fluide, en mouvement permanent, fécondé par la diversité des visions et approches du monde…

Ces axes, trop succinctement présentés ici appelleraient à être davantage explicités … Puissent-ils pour l’instant simplement donner un première vision de la démarche suivie.

  1. L’axe philosophique

La recherche d’une épistémologie de l’ouverture permettant d’appréhender constructivement la diversité des cultures, des mentalités, des religions, des croyances. Voie privilégiée : la traduction, telle que la conçoit une Barbara Cassin, qui conduit à prendre conscience des liens entre langue et pensée et à prendre du coup de la distance par rapport à ses propres pensées… Un contact avec l’altérité déclenchant un processus d’assouplissement et d’évolution permanente de son langage et de sa pensée, un processus en bref de créolisation ou transformation créative permanente.

  1. L’axe poétique

La recherche d’un nouvel imaginaire, libéré des idéologies et autres systèmes de pensées fondés sur les rapports de pouvoir, emprisonnant la représentation des relations économiques et sociales dans des schémas de profit / consommation. Recherche des mots, des sons, des visions insufflant le goût de la diversité, de l’altérité, du poétique, ouvrant l’appétit de relations pleinement humaines, assouplissant, de l’intérieur de chaque être humain, le fonctionnement complexe des rouages économiques, sociaux et politiques, tous interconnectés… Un imaginaire ré-enchantant le monde, dont la richesse immatérielle est tellement plus jouissive que la richesse matérielle…

  1. L’axe spirituel

La quête des rayons de lumière jaillissant d’une multitude de faisceaux lumineux, éclairant l’horizon au-delà des visées humaines et capables d’insuffler l’énergie et la chaleur faisant fructifier la diversité des dogmes, des institutions religieuses, des croyances ; le Souffle d’une confiance foncière, transcendant les peurs et l’engrenage mortifère des réflexes de survie ou de domination…

  1. L’axe historique

De nouvelles approches de l’histoire, ouvertes aux faits livrés par l’archéologie, l’ethnologie, la linguistique, etc. permettent d’ouvrir, assouplir, relativiser le carcan des mémoires individuelles et collectives, ainsi que d’apprendre à articuler des diversités apparemment contradictoires. Domaine de recherche : les noeuds (linguistiques, culturels, religieux et politiques) pesant sur les relations entre les trois religions du livre depuis l’émergence du christianisme jusqu’à nos jours, en tenant compte aussi de l’horizon non monothéiste. Apprendre donc à dénouer ces noeuds et à découvrir les processus de transformation réciproque à l’oeuvre dans la formation des civilisations, produits d’une multitude d’interactions – qu’elles résultent d’échanges pacifiques ou guerriers.

  1. L’axe juridique

La recherche, sur les traces de Mireille Delmas-Marty, d’un droit constitué non plus de normes statiques, mais de processus interactifs et évolutifs faisant émerger des objectifs communs, à partir de la conscience d’une interdépendance collective inéluctable ; des objectifs ajustés aux facultés individuelles et collectives d’une société donnée, dans un esprit à la fois de liberté et de solidarité, promues par un cadre juridique souple et fluide, moins axé sur la défense de droits acquis, que sur l’épanouissement des talents, grâce à l’instauration de synergies positives…

  1. L’axe politique

La recherche de structures démocratiques novatrices, promouvant un dialogue permanent entre des citoyens ouverts à leurs diversités (identitaire, langagière, intellectuelle, spirituelle). Un dialogue développant une intelligence collective, capable de les faire fructifier en visant le bien commun.

  1. L’axe géo-politique

La recherche – à partir de l’analyse des dysfonctionnement des relations internationales entre l’Europe, le Machrek et le Mahgreb , depuis la dislocation de l’empire ottoman et l’imposition d’Etats-Nations plus ou moins artificiels au Moyen-Orient – de nouvelles structures citoyennes, adaptées à son histoire et son contexte actuel, dans les perspectives suivantes :

  • préserver le M-O d’une partition entre Etats identitaires, penchant vers le totalitarisme
  • préserver et / ou reconstruire des modèles de cohabitation, tels que ceux esquissés par un Samir Frangié et son équipe de l’Appel de Beyrouth, fondés sur la diversité des cultures et des religions
  • imaginer des modèles de gouvernance, fondés sur l’interdépendance entre les Etats, organisant, équilibrant, diffusant largement les pouvoirs de décision entre leurs différents échelons d’application (du local au mondial) à proximité des personnes concernées, afin de tenir compte de leur diversité et de les associer à la recherche des définitions et mises en chantier du bien commun, toujours ouvertes et évolutives.
  1. L’axe économique

La recherche (encore à lancer) des voies équilibrant et articulant judicieusement la diversité des compétences, des intérêts et des besoins à travers des régulations garantissant la fluidité des échanges économiques et des flux financiers (en évitant toute thrombose accumulative), ainsi qu’une solidarité créative, fondée sur l’encouragement de chacun à découvrir et épanouir ses talents, aussi petits soient-ils… (à développer)

  1. L’axe environnemental

La recherche de nouveaux équilibres entre l’humanité et la nature, permettant d’en préserver la diversité…

Comment maintenant prolonger et approfondir cette démarche ? Serait-il possible et si oui comment :

  • mieux éclairer les interdépendances et interactions entre ces axes
  • explorer plus systématiquement les approches orientales et occidentales, leur cohérence interne, ainsi que leurs marges d’évolution, au contact en particulier d’autres approches
  • forger les outils conceptuels et méthodologiques nécessaires à cette exploration ?

Des éclairages, des exploration et des outils restant accessibles au grand public, afin de lui donner les moyens de s’ouvrir à la diversité, d’apprendre à en saisir la complexité, à se confronter à ses contradictions, ainsi qu’à articuler d’éventuelles approches ou positions divergentes ; lui donner en bref les moyens de passer du paradigme des certitudes statiques (imprégnant encore trop souvent les enseignements scolaires…), que l’on chercher à imposer, à celui d’une évolution permanente des connaissances et des pensées, grâce à la confrontation avec d’autres certitudes et pouvoir ainsi cultiver la diversité de manière apaisée et fructueuse…

Ce vaste chantier pourrait-il être approfondi avec les conseils de scientifiques engagés à dûment guider ces démarches ?…

MLS 06.07.17